La place de la femme dans le judaïsme libéral

La place de la femme dans le judaïsme libéral- Centenaire de l’ULIF- 2007

On ne peut étudier la place de la femme dans le judaïsme libéral sans aborder sa place dans la tradition juive en général. A ce titre, l’archétype biblique de la première femme mentionnée dans la Bible est fondamental. En effet, deux conceptions contradictoires se sont toujours côtoyées dans le judaïsme correspondant aux deux récits de la création de la femme mentionnés dans le livre de la Genèse. Ces deux récits proviennent selon les découvertes de l’exégèse historico-critique de deux sources différentes. Dans le premier récit, l’homme et la femme sont créés par Dieu simultanément sous le nom générique de adam (être humain), à l’image divine, « mâle et femelle, il les créa ». Le récit est égalitaire et c’est sur celui-ci que vont s’appuyer les mouvements libéraux pour justifier leurs réformes en faveur d’une égalité de la femme. Le second récit, plus ancien, explique la création de la femme à partir du côté de l’homme, un thème présent aussi dans le mythe sumérien d’Enki, et se termine par la justification d’une société patriarcale que l’auteur devait connaître : « Ta passion t’attirera vers ton époux, et lui te dominera ». A chaque siècle, on peut retracer cette oscillation entre un regard égalitaire et un regard sexiste selon les auteurs des textes, leurs expériences personnelles, la culture dans laquelle ils vivent. L’attitude de deux grands maîtres du judaïsme vivant à moins d’un siècle d’écart est à cet égard significative : Rashi (XIème siècle) écrit à propos des commandements dont les femmes sont exemptes : « si elles désirent prendre sur elles l’obligation des commandements, elle en a le droit, et nul ne saurait l’en empêcher.».  Et Moïse Maïmonide(XIIème siècle) écrit : « Les sages ont ordonné qu’un homme n’enseigne pas la Torah à sa fille parce que la plupart des femmes n’ont pas la volonté d’esprit qu’il faut pour étudier et transforment les paroles de la Torah en vain bavardage par la pauvreté de leur esprit ». Les propos égalitaires sont minoritaires par rapport à ceux qui sont sexistes mais on ne peut soustraire les législateurs de leur environnement. Rappelons les deux grands principes de la théologie libérale : la révélation est progressive : «  le Sinaï est un moment unique de Révélation mais pas l’unique moment de Révélation » et le judaïsme a toujours été influencé par le contexte socioculturel dans lequel il a évolué. Ces principes permettent un regard critique sur les textes, depuis la Bible jusqu’à aujourd’hui et autorisent également des changements dont celui du statut de la femme.

I - Les premières réformes

Dès la conférence rabbinique de Breslau en Allemagne en 1846, une déclaration en six points fut énoncée sur le statut de la femme.

Dans l’introduction, elle stipulait : « La position de la femme dans Loi juive* ou la halakha doit subir un changement […]. Les rabbins étaient persuadés d’avoir raison en excluant les femmes d’une grande partie des droits et des devoirs religieux, et les pauvres femmes ne pouvaient pas se plaindre d’avoir été exclues de ces expériences spirituelles exaltantes car on croyait que c’était Dieu en personne qui avait prononcé ce verdict accablant […]. Pour notre conscience religieuse qui accorde à tout être humain un degré égal de sainteté naturelle et pour laquelle les différences qui s’y rattachent dans les Ecritures Saintes n’ont qu’une validité relative et momentanée, c’est un devoir sacré d’exprimer avec grande emphase la totale égalité religieuse du sexe féminin. […] »

Voici les six propositions :

« 1 - Les femmes sont tenues d’observer tous les commandements* ou mitsvot, même ceux à temps fixe, dans la mesure où ces commandements ont encore force et vigueur pour notre conscience religieuse.

2 - Les femmes ont à remplir vis-à-vis des enfants toute obligation, à l’égal des hommes.

3 - Ni le mari, ni le père n’ont le droit de délier de leurs vœux leur fille ou leur femme majeure religieusement.

4 - La bénédiction « Béni sois-Tu Eternel, roi de l’univers qui ne m’a pas fait femme » récitée tous les matins par les juifs orthodoxes et qui était le fondement d’un préjugé religieux à l’égard des femmes, sera dorénavant abolie.

5- Les filles sont tenues de participer depuis leur plus jeune âge à l’instruction religieuse et à la prière publique et seront comptées dans le minyan (c’est-à-dire dans le quorum de dix personnes nécessaire pour une prière publique).

6- L’âge de la majorité religieuse pour les garçons comme pour les filles est de 13 ans. »

Le Rabbin Abraham Geiger (1809-1874) commentait ainsi ces propositions : « Qu’il n’y ait plus aucune distinction entre les devoirs des hommes et des femmes, excepté ceux qui découlent des lois naturelles gouvernant les sexes ; plus de présupposition sur l’infériorité spirituelle de la femme, comme si elle était incapable de comprendre les choses profondes de la religion ; plus d’institution d’un office public, que ce soit en forme ou en contenu qui ferme les portes du Temple à la femme ; plus de dégradation de la femme dans la forme de la cérémonie du mariage, ne plus l’entraver dans quoi que ce soit qui puisse détruire son bonheur. Alors, la jeune fille et la femme juives, conscientes de la signification de la foi, s’y attacheront avec ferveur et toute notre vie religieuse profitera de l’influence bénéfique qu’apporteront les femmes ».

Ces principes d’égalité ont été appliqués lentement dans les synagogues libérales de par le monde. Ils eurent des conséquences pratiques dans trois domaines principalement, celui de l’égalité face à l’obligation d’accomplir tous les commandements, celui de l’égalité du témoignage ou ‘edouth de l’homme et de la femme au regard de la loi juive et des tribunaux rabbiniques et enfin celui de l’égalité dans le domaine public religieux comme par exemple le fait pour une femme de compter pour le quorum du minyan.

Le texte le plus communément cité pour appuyer ces changements est le verset de la Genèse (1, 27) : « Dieu créa Adam - l’être humain- à son image, c’est à l’image de Dieu qu’Il le créa, homme et femme Il les créa. »

Ce verset affirme l’égale dignité de l’homme et de la femme, créés tous deux « à l’image de Dieu ».

Il est à noter que le Consistoire* de France, influencé par ces nouvelles idées égalitaires, introduit dès 1841 une cérémonie de bat-mitsva* pour marquer la majorité religieuse des filles.

D’autres conférences rabbiniques du judaïsme libéral poursuivent les premières réformes.

Au cours de celles de 1844-46 est exprimé le souhait de supprimer le lévirat qui obligeait une veuve à épouser le frère ou le plus proche parent de son mari défunt, parce que ce commandement « ne correspond pas aux conditions modernes ; le lévirat et la cérémonie du déchaussement (halitsa) en cas de refus de l’homme ont été institués à une époque où la conception de la femme, les droits de la famille, et la perpétuation de l’individu étaient entièrement différents de ceux qu’ils sont maintenant […]. Ils sont non seulement injustifiés, mais constituent une insulte à la libre personnalité de la femme ».  

En 1869, la conférence de Philadelphie proclame la femme comme personne légalement responsable dans la cérémonie du mariage. La ketouba* ou l’acte mariage devient un contrat bilatéral et non plus unilatéral comme auparavant où le mari faisait l’acquisition (kinian) d’une femme. Ainsi une double phrase d’engagement est prononcée sous le dais nuptial par l’homme et la femme : « Voici par cet anneau tu deviens mon mari /ma femme selon la loi de Moïse et d’Israël ».

Enfin le divorce civil est reconnu des autorités religieuses pour mettre un terme au mariage religieux même si l’on reviendra plus tard au guet*ou document de séparation sous forme d’acte de divorce religieux réciproque.

En 1892, la Conférence Centrale des Rabbins Américains (CCAR) déclare que les femmes sont éligibles aux conseils d’administrations des synagogues. Elles peuvent être assises à côté des hommes pendant les offices, et la séparation des hommes et des femmes ou mehitsa* est par conséquent supprimée. Les femmes peuvent être également sheliah tsibour, c’est-à-dire mandatées par les communautés pour diriger les offices.

C’est en 1922 que la CCAR approuve l’ordination des femmes rabbins. En 1928, une femme s’adresse pour la première fois en public à une communauté à Berlin. Il s’agit de Lilly Montagu (1873-1963), fondatrice du mouvement juif libéral anglais : « Les femmes allemandes doivent descendre de leur galerie et réellement prendre part à la construction d’une religion vivante qui s’adresse à la communauté tout entière. » Cette évolution du statut de la femme est relativement précoce si on la compare avec la date du droit de vote pour les femmes en France (1944).

En 1938, Réginas Jonas est la première femme à avoir été nommée rabbin, après avoir suivi des études à Berlin au Hochshule für des Wissenschaft des Judentums (Haute Ecole pour la Science du Judaïsme). C’est son professeur de Talmud qui la nomme rabbin. Elle officiera à Berlin, puis enseignera dans le camp de Theresienstadt avant d’être déportée à Auschwitz avec d’autres hommes et femmes étudiants rabbiniques.

En 1972, Sally Priesand est nommée rabbin par le Hebrew Union College (l’un des séminaires rabbiniques libéraux des Etats-Unis) à Cincinnati et aujourd’hui on compte plus de six cents rabbins femmes dans le monde. En France, c’est en 1990 qu’est nommée la première femme rabbin. L’accession des femmes au rabbinat marque l’égalité totale des femmes et des hommes dans le judaïsme.

II- Ce que la loi juive classique ou halakha rend possible

Un certain nombre de ces réformes, opérées par le judaïsme libéral, ne sont pas en contradiction avec la loi juive dans sa conception classique. J’en prendrai deux exemples : les commandements positifs liés au temps et le commandement de l’étude de la Thora.

La Mishna* Kidouchin 1, 7 dit ceci : « Tous les commandements d’injonction positive liés au temps, les hommes sont tenus par l’obligation de les observer, les femmes en sont exemptes ».

Cette exemption des femmes a souvent été comprise dans le monde juif comme une interdiction.

Pourtant le célèbre commentateur Rachi* (XIe siècle) dans le livre de prière qu’il commenta, le permet (voir plus haut). Moïse Maimonide* (XIIe siècle) écrit également : « De même, tous les commandements dont les femmes sont exemptes, elles peuvent les accomplir ».

La raison de cette exemption est donnée dans la Tossefta : « une femme ne peut s’acquitter d’une obligation dans la mesure où elle se trouve sous l’autorité d’autres personnes ». Elle était en effet légalement sous l’autorité de son père puis de son mari.

David ben Joseph Aboudarham qui vivait au XVIe siècle en Espagne explicite : « La raison pour laquelle la femme est exempte des commandements d’injonction positive liés au temps est que la femme est liée à son mari pour accomplir ses volontés ». Il poursuit en disant que la femme est soumise aux ordres de son mari. Si elle néglige son mari pour observer des commandements, son mari ne sera pas content : « c’est pourquoi le Créateur l’a exemptée de ces commandements, afin qu’elle puisse avoir la paix avec son mari ».

La concurrence entre Dieu et le mari est comique ; Dieu cède sa prérogative au mari afin de préserver la paix du ménage. Et l’on voit bien ici que c’est la position de subordination de la femme à son mari qui est à la source de l’exemption.

Si l’on reprend la discussion talmudique du traité Kidouchin, on s’aperçoit que de nombreuses exceptions existent à la règle générale énoncée. La discussion se conclut d’ailleurs ainsi :

« nous ne pouvons pas tirer des conclusions d’ordre juridique de principes généraux même si les exceptions sont citées ».

L’exemption est en fait la description d’une réalité pour les femmes de l’époque, compte tenu d’un partage des tâches qui existait aux temps talmudiques et qui s’est poursuivie dans le cadre d’une société patriarcale.

De manière générale, les femmes sont plutôt exemptes des commandements qui ont trait à la vie publique ce qui va dans la ligne de certains adages talmudiques ou midrashiques : « La place de la femme est à la quenouille » ou encore « la femme reste à la maison, pendant que l’homme circule et acquiert l’intelligence auprès des autres hommes. »  

Aujourd’hui, dans certains milieux qui veulent préserver ce rôle traditionnel de la femme juive, on entend que la femme n’a pas besoin d’accomplir les commandements d’injonction positive liés au temps dont elle est exempte en arguant qu’elle est spirituellement supérieure à l’homme. C’est une nouvelle forme de sexisme qui continue de l’exclure de certains commandements.

La pratique juive a pourtant évolué dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres. C’est le constat que fait Isaac de Molino (Rabbin égyptien qui a écrit un commentaire de la Mishna) au XVIe siècle : bien que les femmes soient exemptes de réciter l’office additionnel de l’après-midi nommé minh’a, « elles ont déjà pris l’habitude de prier à tous les offices, et elles ont pris sur elles l’obligation de tous les commandements. » L’implication des femmes dans la vie juive a donc évolué sans être sur ce point en contradiction avec la loi juive.

Le deuxième exemple d’évolution possible à l’intérieur de la loi juive est celui de l’étude de la Thora ; il s’agit d’un commandement d’injonction positive non-lié au temps et pourtant les femmes en sont exemptes. Elle constitue donc une des exceptions notoires à la règle précédemment vue de la Mishna Kidouchin.

L’étude de la Thora pour les femmes est discutée dans le cadre des devoirs du père qui doit circoncire son fils, lui enseigner la Thora, le marier, lui enseigner un métier et - selon les sources -, lui apprendre à nager.

Dans le Traité Kidouchin 29b du Talmud de Babylone, il est dit : « tu les enseigneras (les paroles de la Thora) à tes fils - non à tes filles ».

Deux maîtres du Talmud s’opposent à ce sujet dans un autre traité talmudique.

Ben Azzaï (début du IIe siècle) dit : « un homme a le devoir d’enseigner la Thora à sa fille » tandis que Rabbi Eliezer (fin du Ier et début du IIe siècle) affirme « quiconque enseigne la Thora à sa fille, c’est comme s’il lui enseignait la frivolité ! »

Ce même Rabbi Eliezer disait : « que les paroles de la Thora soient brûlées plutôt que d’être confiées aux femmes ». S’agissait-il d’une querelle de ménage puisque sa femme était érudite ou bien une expression de son sexisme ?

Chaque siècle de l’histoire juive a connu des femmes érudites qui, certes, étaient des exceptions mais qui peuvent être des exemples pour nous aujourd’hui.

Par exemple, les filles de Tselophehad à l’époque biblique sont appelées par le Talmud « sages, exégètes et justes », Houlda prophétesse de la seconde moitié du VIIe siècle avant notre ère dont on dit qu’elle avait fondé une académie à Jérusalem où elle enseignait la loi, Berouria au second siècle de notre ère dont les opinions sont suivies dans le Talmud. Les opinions des rabbins varient au cours des siècles. Pourtant, l’évolution continue de se faire dans certains milieux. Le Sefer hassidim au XIIIe siècle fait la distinction entre un enseignement halakhique et la raison des commandements, que « l’on n’enseigne ni à une femme ni à un enfant ». Après cette distinction, Israël Meir Hacohen (1838-1933) dit le Hafetz Haïm, qui a inspiré les mouvements de Moussar (ou d’éthique) élargit les possibilités d’études en écrivant : « Aujourd’hui les femmes reçoivent une éducation laïque. Elles doivent par conséquent étudier la Bible et les écrits éthiques de nos Sages. Autrement, que Dieu nous en préserve, elles pourraient dévier totalement de la voie de Dieu et violer tous les préceptes de la Thora ». En 1955, le grand rabbin orthodoxe, Zalman Sorotskin prend le contre-pied de la phrase talmudique en affirmant : « Celui qui n’enseigne pas à sa fille la connaissance de Dieu, c’est comme s’il lui enseignait la frivolité. » Ainsi, même dans le monde orthodoxe, en ce qui concerne l’éducation des femmes, la loi juive a évolué et il existe aujourd’hui des femmes orthodoxes Docteur en Talmud.

III- Les réformes nécessaires

 Pour atteindre l’égalité des femmes dans la vie juive, le judaïsme libéral a dû opérer certaines réformes. Prenons à nouveau deux exemples : le minian et le témoignage.

Rappelons que le minian est l’assemblée de dix personnes nécessaire pour la tenue d’un office public. Il est techniquement composé de dix adultes libres, c’est-à-dire de plus de treize ans et légalement indépendants, c’est-à-dire majeurs au regard de la loi juive. Même s’il n’est pas spécifié dans les textes qu’il s’agissait d’hommes uniquement, il était sous-entendu que les femmes n’en faisaient pas partie sans doute à cause de leur statut juridique mineur et parce qu’elles n’étaient pas tenues par l’obligation de prier à heure fixe. Ce n’est qu’au XVIe siècle que Joseph Caro, auteur du Choulhan Aroukh écrit : « Les femmes ne sont pas incluses dans le minyan ». Il est vrai qu’au XIIIe siècle, Mordekhaï autorité rabbinique en Allemagne (1240 – 1298) dont les commentaires sont publiés dans le Talmud, citant Rabbi Simha de Speyer, autorise les femmes à faire partie d’un minian. Au XIVe siècle, Rabbenou Nissim (1310- 1375), un des talmudistes espagnols les plus connus dont les commentaires sont publiés dans le Talmud, dit que les femmes peuvent compter dans le minyan pour la lecture de la meguila ou rouleau d’Esther au cours de la fête de Pourim.

Néanmoins ces opinions sont minoritaires et controversées.

C’est pourquoi à Francfort en 1845, le rabbin Samuel Adler (1809-1891), l’un des grands penseurs du judaïsme libéral écrit : « La femme a la même obligation que l’homme de participer aux offices publics : la coutume de ne pas inclure les femmes dans le nombre nécessaire d’individus pour la conduite d’un office public n’est qu’une coutume et n’a aucun fondement religieux ».

D’un point de vue humain, on peut ajouter qu’il est important de dire aux femmes juives que leur présence aux offices n’est plus optionnelle mais nécessaire et que peut-être grâce à l’une d’elles, la prière du kaddish pourra être récitée. Aujourd’hui dans toutes les communautés libérales les femmes sont comptées dans le minian.

Le témoignage des femmes est un autre exemple de réforme apportée par le judaïsme libéral. À partir de l’époque talmudique, les femmes sont exclues du témoignage sauf dans des cas exceptionnels. Une femme pouvait témoigner que son mari était décédé, ce qui lui permettait de se remarier ; si elle avait été captive, elle pouvait témoigner n’avoir pas subi de violence pour pouvoir revenir vers son mari cohen. Mais le témoignage des femmes n’était pas accepté pour tous les autres cas civils ou criminels. La raison invoquée pour les exclure est le masculin employé dans l’expression biblique « par la bouche de deux témoins. »

Mais l’argument est faible puisque toute la Thora est écrite au masculin et le masculin au pluriel l’emporte sur le féminin en hébreu comme en français. Compétence, sensibilité et modestie sont invoquées aussi pour écarter les femmes du témoignage. Les rabbins libéraux ont pris la décision d’accepter le témoignage des femmes au même titre que celui des hommes, cette exclusion étant fondée sur des considérations sexistes. En 1951, le jeune État d’Israël en acceptant l’égalité des droits des femmes, accepte leur témoignage. Mais dans le monde orthodoxe religieux, les femmes ne peuvent toujours pas, par exemple, signer la ketouba, l’acte de mariage, en tant que témoins bien que leur témoignage soit plus fréquent devant les tribunaux religieux.

En France, des femmes ont eu des rôles importants dans le développement des communautés libérales, notamment la création de la première synagogue libérale de la rue Copernic. Marguerite Brandon-Salvador fut une grande figure présente dans les premiers groupes de reflexion. Lorsque l’Institut International des Etudes Hébraïques fut créé en 1955 par le rabbin André Zaoui, il accueilla des hommes et des femmes pour des études rabbiniques. Trois femmes ont suivi les études dont Colette Kessler qui assura la direction du Talmud Torah par la suite. La montée à la Torah des femmes ne s’est faite pour la première fois en France que la fin des années 1970 avec la lecture de la Torah. L’égalité totale est encore à atteindre dans certaines synagogues. Les livres de prières varient d’une communauté à l’autre. Certains ont intégré les changements suivis par le monde libéral, comme l’intégration de matriarches aux côtés des patriarches dans la Amida et l’utilisation d’un langage égalitaire, d’autres restent plus classiques. Les changements intervenus dans le monde libéral ont sûrement influencé des changements dans le monde orthodoxe, comme récemment l’élection des femmes à l’administration du Consistoire. L’acceptation de la participation des femmes est souvent plus une question d’habitude et de préjugés que de principe ou de théologie.

Dans certains cas, le judaïsme libéral a donc pu s’appuyer sur la flexibilité interne de la loi juive pour opérer des changements, dans d’autres, il a fallu prendre des décisions comme dans le passé, des rabbins ont su aussi le faire pour que la tradition juive reste juste et éthique. La tradition juive a toujours su évoluer et s’adapter au temps présent. Il est essentiel qu’en ce qui concerne les femmes, la tradition reste dynamique et intègre des changements qui nous paraissent rendre à la femme sa dignité d’être humain. C’est ainsi que l’expliquaient déjà les rabbins de Breslaü : « C’est notre tâche de prononcer l’égalité des privilèges religieux et des obligations des femmes autant qu’il est possible de le faire. Nous avons exactement le même droit d’agir que le synode de Rabbenou Guershom, il y a huit cents ans qui, lui aussi, introduisit de nouveaux décrets religieux en faveur des femmes. Lorsqu’à propos de la mezouza, « les hommes ont besoin de vivre, mais les femmes n’ont-elles pas besoin de vivre aussi ? Nous voulons appliquer ce principe à toute la vie religieuse ». Les changements se font après une étude consciencieuse et respectueuse des textes de la tradition. Si certains textes anciens sont sexistes et sont le reflet de la société patriarcale dans laquelle ils ont été écrits, d’autres sont étonnants de modernité ! Ils peuvent être une source d’inspiration pour nous tous aujourd’hui. Celui-ci par exemple : « Quel était le caractère spécifique de Débora pour qu’elle puisse, elle aussi, juger Israël et prophétiser (…) ? En ce qui concerne ses actes, j’en appelle les cieux et la terre à témoigner : que ce soit un païen ou un juif, un homme ou une femme, un serviteur et une servante, l’Esprit Saint l’investira selon les actes qu’il ou elle accomplit ».

 

 

Rabbin Pauline Bebe

 

Genèse I : 27

ou de la côte selon les traductions. Le même mot tsela est employé pour les côtés du Tabernacle.

Genèse 3 :16

Voir sidour Rachi p267, S. Buber (éd.), New York, Menora, 1959

MT, hil. Talmud Torah 1:13

Gunther Plaut, The Rise of Reform Judaïsm, The World Union for Progressive Judaism, New York, 1963, pp.254-255

En effet, les femmes sont exemptes de l’accomplissement des commandements d’injonction positive, liés à un temps fixe, comme l’obligation de séjourner sous la soukka (cabane) pendant la fête de soukkoth ou de porter les tsitsith (franges aux quatre coins des vêtements qui rappellent les commandements). Elles sont également dispensées de l’étude de la Thora, même si, ce commandement n’est pas à accomplir dans un temps circonscrit.

En hébreu : shelo ‘assani isha

The Rise of Reform Judaism, op cité pp.254-255

En hébreu : «Vayivra elohim eth haadam betsalmo, betselem elohim bara oto, zakhar ounekeva bara otam »

Deutéronome 25, 5-10

ibidem

Voir Michael A. Meyer, Ve’idot harabanim begermaniyah bashanim (conférences rabbiniques en Allemagne dans les années) 1844-1846, Jérusalem, 1984.

En effet, c’est l’homme dans la loi talmudique qui a l’initiative du libellé de divorce ou guet.

Lily Montagu, Sermons, Adresses, Letters and Prayers, éd. Ellen M. Umansky, New York, 1985.

Elizabeth Sarah, Rabbi Regina Jonas 1902-1944 : missing link in a broken chain dans Hear our voice (coll.), P.2-9, Londres, SCM Press, 1994.

En hébreu : «Vekol mitswoth a’ssé shéhazeman guerama, anashim hayavim venashim petouroth ».

« Commandements positifs liés au temps », dans Isha, Calmann-Levy, 2001, pp. 76-82

Mishné Torah, “Hilkhoth tsitsith”3:9

La Tosefta est une compilation d’enseignements qui n’ont pas été incluses dans la Mishna* traditionnellement attribuée à Rabbi Juda Hanassi.

Tossefta Kidouchin 1, 11 à la suite du traité du Talmud de Babylone

Sefer Aboudarham III. Aboudarham David ben Yossef, Jérusalem, 1962.

Ibid.

Traité Kidouchin 34a du Talmud de Babylone.

Traité Yoma 66b du Talmud de Babylone

Midrach Genèse Rabba chap 18,1

Pour l’ensemble du passage voir le Midrash Rabba. Tome I. Genèse Rabba traduit de l’hébreu par Bernard Maruani et Albert Cohen Arazi. Verdier. « Les Dix Paroles ». Lagrasse. 1987 p 205.

Responsa besamim, n° 89 , Berlin, 1793

Talmud de Babylone, Kiddoushin 29a et 30b

Talmud de Babylone,Traité Sota 21b

Traité Sota 3 du Talmud de Jérusalem et traités Sota 16a et Erouvin 63a du Talmud de Babylone

Voir traité Erouvin 63a du Talmud de Babylone,

Talmud de Babylone, Baba Batra 119b

Targoum Jonathan sur II Rois 22

Likkoutei halakhoth sur Sota

Motznayim lamishpath, Jérusalem, 1955.

Choulh’an A’roukh Or Hayim 55:1

Note 173 sur le traité Berakhoth du Talmud de Babylone.

Allemagne, deuxième partie du XIIe siècle, première partie du XIIIe siècle

Sur Meguila 23a

Protokolle und Aktenstücke der zweiten Rabbiner-Versammlung, abgehalten zu Frankfurt am Main, Frankfurt a/Main, 1845

Le kaddish est une prière de glorification du Nom divin écrite en araméen et dite à l’époque talmudique pour conclure une session d’études. Elle est dite aussi à la conclusion de la vie et nécessite la présence d’un minan.

Si la femme avait été violentée, son mari cohen ne pouvait pas la reprendre comme femme selon les lois concernant les prêtres. cf. Lévitique 21 : 13-14

En hébreu : a’l pi shnei ‘edim, Deutéronome. 19, 16-17

L’interdiction de la polygamie ainsi que l’interdiction de répudier une femme sans son consentement sont attribuées à Rabbenou Guershom ( 960-1028) qui vécut en Allemagne.

Gaverei baei hayé nashei lo baei hayé ? Traité Kidouchin 34a du Talmud de Babylone.

Gunther Plaut, The Rise of Reform Judaism, pp.254-255, The World Union for Progressive Judaïsm, New York, 1963.

Midrash Eliahou rabba chap. 9.

La lettre de la cjl

 

 
Hillel disait : ne te sépare pas de la communauté. Traité des Principes

 
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    • 16

      Paracha Mikets - פרשת מקץ

      Vous pouvez lire la paracha Mikets en français, anglais et hébreu grâce à notre partenaire Sefarim.



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      Ḥanouka

      Du 12 décembre au soir (première bougie) au 20 décembre au soir (dernier allumage : 19 décembre au soir).

      Grand concert de Ḥanouka 5778

      Allumage de 5e bougie et grand concert de Ḥanouka avec Emanuel Yerday et ses musiciens.

      Plus d'informations ici.

    • 17

      Médiathèque et bibliothèque

      La médiathèque et la bibliothèque vous proposent des films et des livres sur notre culture, notre identité et les sources de notre savoir.


      Ḥanouka

      Du 12 décembre au soir (première bougie) au 20 décembre au soir (dernier allumage : 19 décembre au soir).

    • 18

      Ḥanouka

      Du 12 décembre au soir (première bougie) au 20 décembre au soir (dernier allumage : 19 décembre au soir).

    • 19

      Cours de judaïsme

      Animé par les rabbins Pauline Bebe (CJL - Centre Maayan) et Tom Cohen (Kehilat Gesher) en alternance, ce cours aborde les grands thèmes du judaïsme : "étapes de la vie juive, sens des fêtes et des pratiques religieuses, sens des prières, principales lignes de l'histoire et de la philosophie juive,... "

      L'inscription est obligatoire (avoir suivi la mékhina d'hébreu est un pré-requis).

      Ce cours a lieu chaque semaine, sauf période de fêtes ou de vacances.

      Ḥanouka

      Du 12 décembre au soir (première bougie) au 20 décembre au soir (dernier allumage : 19 décembre au soir).

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      Ḥanouka

      Du 12 décembre au soir (première bougie) au 20 décembre au soir (dernier allumage : 19 décembre au soir).

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      Rencontre littéraire : Isabelle Cohen, "Un monde à réparer"

      Rencontre littéraire avec Isabelle Cohen, historienne et auteur du livre "Un monde à réparer - le livre de Job, nouvelle traduction commentée".

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      Paracha Vayigach - פרשת ויגש

      Vous pouvez lire la paracha Vayigach en français, anglais et hébreu grâce à notre partenaire Sefarim.



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      Médiathèque et bibliothèque

      La médiathèque et la bibliothèque vous proposent des films et des livres sur notre culture, notre identité et les sources de notre savoir.


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      Cheesecake veSefer

      Une journée dédiée au livre et à l'organisation de la future bibliothèque, tout en dégustant du cheesecake.


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      Cours de judaïsme

      Animé par les rabbins Pauline Bebe (CJL - Centre Maayan) et Tom Cohen (Kehilat Gesher) en alternance, ce cours aborde les grands thèmes du judaïsme : "étapes de la vie juive, sens des fêtes et des pratiques religieuses, sens des prières, principales lignes de l'histoire et de la philosophie juive,... "

      L'inscription est obligatoire (avoir suivi la mékhina d'hébreu est un pré-requis).

      Ce cours a lieu chaque semaine, sauf période de fêtes ou de vacances.

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      Paracha Vaye'hi - פרשת ויחי

      Vous pouvez lire la paracha Vayeh'hi en français, anglais et hébreu grâce à notre partenaire Sefarim.



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      Médiathèque et bibliothèque

      La médiathèque et la bibliothèque vous proposent des films et des livres sur notre culture, notre identité et les sources de notre savoir.


    Prochaine fête : Ḥanouka
     

    cjl nitsa

    10 - 14 rue Moufle
    75011 Paris
    Tèl : 01 55 28 83 84
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    logo france culture

    Écoutez le rabbin Pauline Bebe dans le documentaire diffusé sur France culture «Femme pasteur et femme rabbin», de Virginie Oks et Assia Khalid (prise de son : Yann Fressy)



    logo europe 1

    Interview du Rabbin Pauline Bebe dans l'émission des clics et des claques du 18/12/2013.
     


    Huffington Post

    Les articles de Pauline Bebe à lire sur le site du Huffington Post




    Interview du Rabbin Pauline Bebe sur la radio France Info, le 4 décembre 2011


    EMOUNA - L'Amphi des religions


    Cette initiative, issue de notre communauté et d'autres représentants du judaïsme, du christianisme, de l'islam et du bouddhisme, a reçu le soutien de l'Etat et des institutions religieuses. Elle est réalisée en partenariat avec Sciences Po et s'organise autour d'un collège des fondateurs du projet, présidé par  notre ami Frédéric Puigserver. Elle s'appuiera sur le Professeur Jean-Marie Donegani, conseiller scientifique du programme.
    En savoir plus…

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